
Le moulin constitue l’un des plus vieux vestiges de la colonisation des rives de l’île de Montréal. Son site, le long du lac Saint-Louis, correspond à la portion que se réservent les sulpiciens, seigneurs de l’île, lors de la concession du lot 152 à Raphaël Beauvais le 23 novembre 1698. La presqu’île de deux arpents sur cinq (plus de 115 mètres sur 290) en est toutefois retranchée « pour faire bâtir un moulin » et répondre aux demandes des censitaires.
Un premier contrat est établi le 23 décembre 1708 avec Léonard et Charles Paillé, père et fils, pour la construction de la charpente du moulin avec tous ses mécanismes. Une maison de bois avec étage est également prévue pour le meunier.
Un second contrat est conclu le 27 février 1709 avec le maçon Jean Mars. Il y faut « parfaire bien et dûment… en maçonnerie à chaux et sable de douze pieds de dedans en dedans, de vingt-quatre pieds de hauteur au-dessus du rez-de-chaussée ».
Le moulin est muni de meurtrières et est entouré d’une palissade de pieux debout qui servait de protection contre les Iroquois. Les sulpiciens le louèrent à bail et en perçurent une rente annuelle.
Toutefois, le moulin, à l’instar de plusieurs autres de la région, n’a jamais pu répondre aux quotas fixés. Après d’importantes réparations en 1824, iI est vendu, le 28 décembre 1837, à Amable Saint-Julien, cultivateur de Rigaud.
En 1847, ce dernier rachète la rente foncière qui subsiste, et la pointe devient alors un franc-alleu roturier, c’est-à-dire une terre libérée de toute redevance seigneuriale.
En 1854, la pointe et le moulin sont revendus à la famille Dubois, puis sont définitivement acquis, en 1866, par les sœurs de la congrégation Notre-Dame, lors d’un échange avec la Fabrique Paroissiale (comité directeur).
Vers 1880, on peut apercevoir le moulin désaffecté, surmonté d’un toit-terrasse utilisé comme observatoire, et au centre duquel se trouvent un mât et une éolienne. Celle-ci sert à actionner la pompe qui alimente l’aqueduc privé des sœurs, jusqu’au moment du raccordement aux services municipaux d’aqueduc.
Les travaux de restauration extérieurs débutent en 1954 avec l’enlèvement du crépi et le tirage des joints. On rétablit le toit conique en 1962, et de nouvelles ailes lui sont adjointes en 1967, pour marquer le centenaire du couvent. Conçues par l’architecte Marc Angers, elles auraient été inspirées des moulins de Verchères et de l’île aux Coudres.